Synthèse

Un an après l’adoption de l’Accord de Paris et de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), qui fixe à la France un objectif de réduction de 40 % de ses émissions de GES en 2030 par rapport à celles de 1990, la question du pilotage de cette transition reste entière.

image

L’analyse de l’évolution de la demande d’énergie est un préalable indispensable pour évaluer l’efficacité des politiques menées au regard de l’atteinte de l’objectif climatique.

Or, les analyses existantes sur les trajectoires d’évolution de la demande d’énergie menant à cet objectif demeurent partielles ou peu détaillées. Un certain nombre d’entre elles se limite en effet à l’étude d’un secteur d’activité économique ou d’une seule énergie, ou bien n’aborde pas la question des moyens de financement à y associer.

C’est pourquoi l’UFE, en partenariat avec les cabinets de conseil Ylios et Frontier Economics, a étudié de façon approfondie l’évolution potentielle de la demande, afin d’apporter des réponses à plusieurs questions-clés :

 
  • Quels sont les gisements accessibles de réduction de la consommation d’énergie et des émissions de CO2 ?
  • Quelles actions d’efficacité énergétique et de substitution entre énergies sont les plus efficientes ?
  • Quels outils sont nécessaires pour permettre le déploiement et le financement des investissements de transition énergétique ?
  • Quelles conséquences peut-on attendre de la transition énergétique en termes d’emplois et quelles seront les filières les plus directement concernées par cette transformation ?

Dans un contexte économique contraint, la connaissance de ces enjeux est un préalable incontournable à la mise en place d’une stratégie de pilotage et de financement de la transition énergétique pour les quinze prochaines années.

Dans cette étude, l’UFE propose de quantifier l’ensemble des actions et des solutions techniques à déployer pour atteindre l‘objectif climatique de la loi de transition énergétique. Ainsi, l’étude avance une trajectoire optimisée économiquement permettant de réaliser la transition énergétique au moindre coût pour la collectivité. L’objectif est de prioriser le déploiement de solutions d’efficacité énergétique et de substitution entre énergies à coût minimal pour la collectivité, pour permettre la réduction de 40 % des émissions de CO2 entre 1990 et 2030.

Cette trajectoire est le résultat d’un calcul annualisé où le déploiement des actions dépend de leurs coûts, de leur performance, de l’évolution des prix des différentes énergies et des capacités de montée en puissance des filières industrielles concernées. Une fois cette trajectoire définie, l’UFE analyse les dispositions à prendre au niveau microéconomique pour déclencher le déploiement des actions identifiées.

Le scénario proposé est volontariste et ambitieux, et paramétré par construction pour atteindre l’objectif climatique. Il ne s’agit donc pas ici de réaliser une étude prévisionnelle, mais bien de rendre compte des efforts sur la demande d’énergie qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre pour respecter l’engagement climatique de la France. A travers une approche de recherche d’efficience économique globale, cette étude quantitative offre un éclairage d’ensemble sur la mise en œuvre optimisée de la transition énergétique.

Précisons enfin que la modélisation ne comporte pas une optimisation de l’appareil d’offre énergétique, mais la description d’un système de production d’énergie cohérent avec l’atteinte de l’objectif de décarbonation. Les objectifs d’intégration de biogaz, de biocarburants et de chaleur renouvelable ont été pris en compte dans l'étude pour déterminer l'évolution des contenus CO2 de ces énergies.

Les principaux enseignements qui découlent de cette étude sont les suivants :                                           

  1. La transition énergétique requiert à la fois de fortes économies d’énergie et des substitutions entre énergies importantes : les efforts à réaliser touchent tous les domaines et nécessitent de mobiliser de nombreux gisements. Les consommations d’énergie résiduelles doivent prioritairement se porter sur les énergies les moins carbonées.
  2. 10 actions-clés sont incontournables : ces 10 actions permettent d’atteindre à elles seules près de 75 % de l’objectif CO2 de la transition énergétique, en particulier dans les domaines du transport et du bâtiment. Les politiques publiques doivent donc y concentrer leurs moyens pour en garantir le succès.
  3. Une transition énergétique capitalistique mais soutenable : du point de vue de la collectivité, les coûts d’investissement de la transition énergétique sont compensés par les économies d’énergie. Néanmoins, cela ne signifie pas que toutes les actions sont rentables pour chaque acteur économique. C’est pourquoi il est nécessaire de soutenir certaines actions à l’aide des outils incitatifs pertinents.
  4. Il est essentiel d’aligner les outils de politique publique avec les objectifs climatiques : en particulier un signal prix du CO2 clair et de long terme, un bonus-malus efficace pour les solutions décarbonées de mobilité, un crédit d’impôt transition énergétique recentré sur les actions-clés.
  5. La transition énergétique est une opportunité de croissance économique : les investissements bas carbone représentent une stimulation positive pour l’économie nationale et peuvent produire une création d’emplois et une amélioration significative de la balance commerciale. Ce succès repose sur la montée en puissance des filières industrielles des technologies bas carbone.

 

 

La trajectoire d'optimisation aboutit à l'évolution du mix de demande d'énergie

Atteindre l’objectif de réduction des émissions de CO2 de la loi de transition énergétique à l’horizon 2030 exige, comparativement à la tendance historique, des actions ambitieuses à court, moyen et long termes.

Grâce à un modèle annualisé et intégré sur toutes les énergies (pétrole, gaz, électricité, biomasse, biocarburants....) et tous secteurs économiques (résidentiel, tertiaire, transport, industrie) en France, l’UFE a modélisé la dynamique de transition sur une période allant de 2015 à 2030, et a recherché le meilleur chemin selon un critère d’efficacité collective.

Cette trajectoire est le résultat de la mise en œuvre de 50 actions d’efficacité énergétique et de substitution entre énergies, déployées prioritairement selon leur efficacité à la fois climatique et économique*. Ce détail d’analyse permet de disposer d’une vision étendue des actions relevant de l’efficacité énergétique active, passive, de l’amélioration de la performance des équipements ainsi que de substitution entre énergies. Les travaux ont ainsi permis de mettre en évidence :

 
  • les résultats obtenus en termes de réduction des émissions de CO2 et de consommation d’énergie finale ;
  • la contribution dans l’atteinte de l’objectif de la loi de chacune des actions ;
  • les niveaux d’investissements nécessaires à l’atteinte de l’objectif visé ;
  • les besoins de développement des filières des technologies bas carbone.

*Ce surcoût est caractérisé en distinguant, pour une mesure donnée, le segment de parc auquel elle s’applique et l’année de déploiement (par exemple : installation d’une chaudière à bois en 2023, dans une maison individuelle, étiquette énergétique D, initialement chauffée en fioul). Au total, ce sont ainsi plus de 45 000 mesures qui sont ainsi interclassées.

Une transition énergétique ambitieuse nécessitant la mobilisation de tous les acteurs

La trajectoire optimisée résultant de ces travaux montre que l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixé par la loi de transition énergétique est très ambitieux, et qu’il sera nécessaire de déployer un très grand nombre d’actions pour pouvoir le remplir. C’est ainsi l’ensemble des secteurs d’activité de l’économie qui devront être sollicités.

Un rôle prépondérant de l'efficacité énergétique et des énergies bas carbone...

Deux mouvements devront être engagés :

D’une part, il faudra fortement réduire la consommation d’énergie finale, à travers des actions d’efficacité énergétique bien ciblées : 275 TWh d’énergie finale sont ainsi économisés dans la trajectoire optimisée. Cette baisse touche plus particulièrement les carburants, dont le contenu CO2 est le plus élevé. et les usages thermiques du logement.

D’autre part, il faudra décarboner la consommation d’énergie grâce au rôle majeur des énergies bas carbone (bioénergies, électricité, chaleur renouvelable), dont la part totale augmente.

Les trajectoires d’optimisation aboutissent à l’évolution suivante du mix de consommation d’énergie finale

L’atteinte de l’objectif CO2 au moindre coût permet de réduire de 19 % la consommation d’énergie finale entre 2012 et 2030 et de 35 % notre consommation énergétique primaire d'énergies fossiles*.

* Les objectifs de la loi de transition énergétique pour la croissance verte sont respectivement de - 20 % de consommation d’énergie finale entre 2012 et 2030, et - 30 % de consommation énergétique primaire d’énergies fossiles entre 2012 et 2030.

10 actions-clés
permettent d’atteindre
75% de l’objectif

75

Dans la trajectoire de décarbonation optimisée, tous les secteurs sont concernés par la baisse des consommations d’énergie et, par conséquent, réduisent leurs émissions de CO2.

L’étude démontre qu’un bouquet de 10 actions ressort plus particulièrement et permet d’atteindre 75 % de l’objectif de réduction des émissions de CO2 fixé par la loi. Eu égard au contexte de contraintes économiques, budgétaires et financières, il semble d’autant plus nécessaire de se focaliser prioritairement sur ces actions les plus efficaces.
Ce bouquet est diversifié et illustre différentes familles d’actions sur lesquelles il est nécessaire de se concentrer pour réussir la transition énergétique.

top10

 

 

 

Contribution à l’atteinte de l’objectif CO2

Les secteurs du résidentiel et du transport sont les deux gisements d’économies de CO2 les plus importants et efficaces.

Les gisements dans le tertiaire et l’industrie sont plus limités en volume mais peuvent représenter des gains économiques conséquents, redonnant de la compétitivité aux entreprises concernées.

  • 4 actions de consommation d’électricité :véhicules électrique et hybride rechargeable, véhicule utilitaire léger électrique, pompes à chaleur, convecteur électrique performant;
  • 2 actions de consommation de gaz :camion au gaz naturel, chaudière gaz à condensation ;
  • 2 actions de consommation
    d’énergies renouvelables thermiques :
    chaudière bois, raccordement à un réseau de chaleur ;
  • 2 actions d’efficacité énergétique :une passive (isolation des combles), une active (optimisation de la consommation par l’utilisation de robinets thermostatiques, gestion dynamique des consommations).

L’optimum économique établi conduit à privilégier massivement les actions les plus efficaces dans le cadre de la transition énergétique. Dans le résidentiel, les actions sont principalement déployées dans les logements énergivores dont l’énergie de chauffage est carbonée.

Top 10 des actions
(contribution à l'objectif de réduction des émissions de CO2)

La trajectoire est déterminée en croisant les gisements et les coûts des actions. Ainsi, les actions les plus bénéfiques sont celles qui permettent de réduire de façon importante les émissions de CO2 et à un coût faible.

La puissance publique doit prendre en compte ces deux critères dans la détermination des politiques publiques.

277 Md€

de surcoûts d’investissement
pour ces 10 actions

Une transition énergétique capitalistique mais soutenable
Une analyse détaillée du coût et de l’efficacité comparée des actions

L’interclassement des actions d’efficacité énergétique est construit à partir de l’efficacité économique et climatique (€/tCO2 évitée).

Ce coût est calculé à partir de la consommation énergétique initiale du segment de parc auquel s’applique l’action, l’impact du déploiement de l’action, son coût d’installation ainsi que les dépenses liées à la maintenance et l’exploitation pendant sa durée de vie.

La phase de déploiement des actions a lieu une fois établi cet interclassement. Tout en privilégiant les solutions les plus efficaces, le modèle prend également en compte un certain rythme de déploiement des filières. Il itère alors jusqu’à trouver le nombre de mesures qui permet d’atteindre l’objectif de réduction des émissions de CO2 au moindre coût.

A long terme, la transition bas carbone génère des bénéfices pour l’économie nationale

Les besoins d’investissements supplémentaires, par rapport à la tendance historique, sont évalués à 430 Md€ sur la période 2015-2030, soit environ 30 milliards d’euros d’investissements supplémentaires chaque année dans des actions visant la réduction des émissions de CO2.

En revanche, les gains liés aux économies d’énergie sont estimés à près de 480 Md€. Une partie de ces gains sera générée après 2030, puisqu’ils sont comptabilisés pour toute la durée de vie des investissements.

Au total, les investissements supplémentaires motivés par la transition énergétique se remboursent en réduction de facture d’énergie dans la durée.

TOTAL DES SURCOÛTS D’INVESTISSEMENT ET DES GAINS LIÉS AUX ÉCONOMIES D’ÉNERGIE DE LA TRAJECTOIRE OPTIMISÉE
Pour autant, chaque action à déployer prise individuellement n’est pas nécessairement rentable sans soutien public

Certaines actions sont très rentables pour les particuliers, les collectivités ou les entreprises (optimisation active sur les logements énergivores par exemple), tandis que d’autres ne le sont pas sans aides publiques. Or, ces dernières sont tout de même nécessaires pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de CO2 au moindre coût. Enfin, certaines actions ne sont pas rentables en début de période, mais le deviennent en 2030. A titre d’illustration, le développement du véhicule utilitaire léger électrique, action importante de la transition énergétique, n’est pas rentable aujourd’hui, mais le devient au cours de la période grâce à la baisse de coûts des batteries et la hausse des prix des énergies fossiles.

Ces résultats démontrent l’importance de soutenir les actions qui sont pertinentes dans la durée du point de vue de la transition énergétique mais qui ne le sont pas immédiatement. Sans un soutien au développement des véhicules utilitaires électriques en début de période, la filière professionnelle ne sera pas suffisamment développée en 2030 pour offrir sur le marché les volumes nécessaires de véhicules, malgré la pertinence de leur développement.

C’est pourquoi il est nécessaire de soutenir certaines actions en choisissant les outils incitatifs pertinents.   

Aligner les outils fiscaux avec les objectifs climatiques

En 2015, les flux financiers mobilisés pour la défense du climat ont représenté environ 30 Md€ sur la partie « demande d’énergie ». L’étude de l‘UFE révèle que ces moyens mis en œuvre ne sont pas suffisants pour atteindre l’objectif de décarbonation fixé par la loi de transition énergétique : même dans l’hypothèse d’une trajectoire optimisée économiquement, il est en effet tout de même nécessaire de mobiliser en moyenne 30 Md€ supplémentaires par an.

De plus, il existe encore aujourd’hui un grand nombre d’exonérations à la fiscalité énergétique. Dans une perspective de mise en œuvre cohérente de la stratégie bas-carbone édictée dans la LTECV, il est nécessaire de transformer la fiscalité énergétique en fiscalité climatique. Il est plus pertinent de soutenir les secteurs visés en leur octroyant des baisses de charges sociales que des exonérations de taxe sur des produits importés et incompatibles avec la transition énergétique.

Pour cela, l’UFE recommande d’aligner les outils de politique publique, en particulier fiscaux, avec les objectifs climatiques. Cela se traduit par des ambitions cohérentes sur trois outils prioritaires :

  • Un signal prix du CO2 clair et de long terme
  • Un bonus-malus efficace pour les solutions décarbonées de mobilité
  • Un CITE recentré sur les actions-clés

* I4CE, Le panorama 2015 des financements climat, 2015.
**
Par exemple, 6.6 Md€ de dépenses fiscales énergétiques constituent des soutiens à la consommation de pétrole.

Utiliser le signal-prix du CO2 pour transformer la fiscalité énergétique en fiscalité climatique

Le levier le plus efficace de la transition énergétique est de donner un prix au CO2. Le prix du CO2 existe aujourd’hui sous deux formes : la Contribution Climat Energie (CCE) pour les secteurs diffus (résidentiel, tertiaire, transport, agriculture) et le prix formé sur EU ETS, le marché européen des quotas de CO2, pour les industriels. La mise en œuvre de ces mécanismes constitue un premier pas essentiel et positif pour internaliser le coût du carbone dans l’ensemble de l’économie.

La loi de finances pour 2016 a d’ores et déjà défini une trajectoire de la contribution climat énergie, qui doit atteindre 56 €/tCO2 en 2020, et 100 €/tCO2 en 2030. Il est essentiel que les prochaines lois de finances prennent en compte cette trajectoire.

ÉVOLUTION DU NIVEAU DE LA CONTRIBUTION CLIMAT ÉNERGIE

Avec la hausse de la CCE, les recettes de l’Etat augmenteront. Cette augmentation sera en partie contrebalancée par la réduction des recettes de taxes intérieures sur la consommation d’énergie*, liée à la baisse des consommations de carburants et de fioul domestique. Au total, ces effets budgétaires représentent une hausse des recettes fiscales de l’ordre de 70 Md€ sur la période 2015-2030.

Ces ressources fiscales supplémentaires liées à la fiscalité climatique devront financer les dépenses publiques nécessaires à la transition énergétique, y compris celles nécessaires pour lutter contre la précarité énergétique.

*En particulier la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (TICGN) et la taxe intérieure sur la consommation de charbon (TICC).

Le bonus/malus véhicules électriques

La mobilité électrique fait aujourd’hui face à un déficit de compétitivité, en raison notamment de la faiblesse conjoncturelle des prix du pétrole et au coût encore important des batteries. Néanmoins, les véhicules électriques sont un levier incontournable de la transition énergétique : il est donc essentiel de les soutenir dans leur phase de maturation. Aujourd’hui, le bonus-malus est une aide à l’acquisition des véhicules électriques neufs, qui est financée par l’application de malus aux véhicules les plus polluants. Le développement du marché des véhicules électriques va nécessiter d’adapter le niveau du bonus. Afin de prévenir une politique publique de stop and go, l’UFE recommande à l’Etat de donner de la visibilité sur l’évolution du bonus à moyen terme.

Egalement, en raison du cumul du bonus avec la prime à la conversion (3 700 € d’aides pour la mise au rebut d’un véhicule ancien) pour l’achat des véhicules électriques neufs, le marché de l’occasion est inexistant. Les acquéreurs potentiels sont ainsi confrontés à une incertitude très importante sur la valeur résiduelle de leurs véhicules électriques. Or, les entreprises et les ménages évaluent leur achat à l’aune de ce critère. Malgré les aides pour le neuf, l’absence d’un véritable marché de l’occasion est un obstacle à l’acquisition des véhicules électriques.

L’UFE recommande donc d’appliquer la prime à la conversion aux acheteurs de véhicules électriques sur le marché de l’occasion. De plus, l’UFE recommande d’appliquer également cette prime à la conversion à la revente des véhicules utilitaires électriques.

IMPACT DU BONUS EN 2016

(Coûts complets sur une durée de vie de 15 ans)

Le recentrage du crédit d’impôt transition énergétique (CITE)

Dans un contexte budgétaire contraint, la rationalité économique des mesures prises pour réaliser la transition énergétique revêt un enjeu encore plus important. Ainsi, réorienter la fiscalité (taxes et aides), c’est-à-dire recentrer les aides sur les actions les plus efficaces, apparait comme une mesure prioritaire.

Dans cet esprit, le Crédit d’Impôt Transition Energétique permet de réduire de 30 % le coût de certains travaux de rénovation énergétique. Les ménages ont besoin de cette incitation financière pour investir dans la transition énergétique. Néanmoins, les actions éligibles ne sont pas aujourd’hui nécessairement celles qui présentent le plus d’intérêt au regard de l’objectif de décarbonation au moindre coût. Il est donc essentiel de concentrer le CITE sur les actions-clés les plus efficaces. Cela permettrait d’accélérer la transition énergétique en limitant l’impact sur les finances de l’Etat.

En limitant l’éligibilité du CITE aux actions clés identifiées dans le résidentiel (isolation des combles, pompes à chaleur air-eau et air-air, chaudière à condensation gaz, chaudière à bois, convecteurs électriques performants, raccordement aux réseaux de chaleur), l’impact sur le budget de l’Etat passerait de 49 Md€ à 34 Md€ sur la période, pour un effet similaire sur la réduction des émissions de CO2.

L’alignement des outils fiscaux avec les objectifs climatiques ne se limite pas aux trois exemples retenus ici par l’UFE. En effet, c’est bien l’ensemble du cadre réglementaire et fiscal qui doit être mis en cohérence avec les objectifs climatiques. L’UFE souligne également l’importance des outils d’information et de sensibilisation pour déclencher les actions d’efficacité énergétique, qui ne sont pas uniquement déterminées par des paramètres économiques. Le développement de contrats de garantie de performance énergétique permet par exemple de réduire l’incertitude des acteurs économiques sur les économies d’énergie générées, et donc la rentabilité globale des projets d’efficacité énergétique.

comming soon

IMPACT BUDGÉTAIRE DU CITE

La transition énergétique est une opportunité de croissance économique, conditionnée par la capacité d’adaptation des filières
industrielles

Les conséquences macroéconomiques de la transition énergétique

Comme souhaité par la LTECV, la transition énergétique doit être mise en œuvre au profit de l’activité économique de la France. L’UFE, en partenariat avec le Centre International de Recherche sur l'Environnement et le Développement (CIRED), a évalué les impacts macroéconomiques de sa trajectoire de décarbonation optimisée*.

Le modèle IMACLIM-R France, utilisé par le CIRED, révèle que plusieurs effets contraires affectent l’évolution du PIB :

  • Le renchérissement des prix des énergies fossiles avec la contribution climat énergie, leur impact sur les consommateurs après propagation dans l'ensemble de l'appareil de production, ainsi que les investissements dans la transition énergétique réduisant la consommation des ménages, ont un effet dépressif sur l’économie.
  • L’amélioration de la balance des paiements grâce à la réduction des importations d’énergies fossiles, la redistribution des recettes de la contribution climat énergie au profit de la réduction des charges sociales, ainsi que l’effet d’entraînement des investissements dans la transition énergétique sur les autres secteurs économiques, ont un effet stimulant sur l’économie.

Au total, ces effets contraires se neutralisent en début de période en raison d’effets d’inertie. Les effets de renchérissement des prix des énergies sont immédiats, tandis que ceux de la pénétration de l'efficacité énergétique et des embauches permises par un coût salarial brut plus faible sont plus lents à se propager.

En revanche, à partir de 2020, les économies d’énergie réalisées ainsi que les emplois créés par les investissements dans la transition énergétique permettent de relancer la consommation, de même que les hausses de salaires (à balance constante du commerce extérieur) permises par une forte baisse des importations d'énergie. Ceci a un impact d'autant plus positif sur la croissance économique qu'il n'y a pas d'éviction des autres investissements industriels mais une meilleure affectation de l'épargne vers des investissements productifs.

*Le rapport final sera publié au début de l’année 2017. Néanmoins, les résultats intermédiaires permettent d’avancer certaines tendances.

Anticiper les besoins en emplois et en formation des filières-clés.

Les capacités de déploiement des filières bas carbone sont en effet souvent saturées dans le modèle développé par l’UFE. Cela signifie que malgré un bilan économique intéressant, le déploiement de certaines actions est limité par le sous-dimensionnement de la filière professionnelle concernée. Or, lorsque la demande est supérieure à l’offre, le prix augmente, ce qui menace le bilan économique global de la transition énergétique. Le développement des filières doit également être qualitatif, car l’efficacité énergétique suppose des compétences reconnues pour éviter les risques de malfaçon. De plus, ces filières devront assurer l’entretien régulier des équipements, en particulier les systèmes de chauffage, pour maintenir leur niveau de performance sur toute leur durée de vie.

Certaines des filières particulièrement importantes pour le succès de la transition énergétique, notamment celles du bâtiment et du génie électrique, peinent déjà à pourvoir les emplois existants. Il est donc essentiel que les filières industrielles des technologies bas carbone concernées, ainsi que celles des installateurs le cas échéant, se préparent à la hausse de leur activité.

Enfin, la nécessité d’accompagner la redistribution des emplois des technologies en décroissance vers les technologies bas carbone confère à la transition énergétique une forte dimension de transition sociale.

Impact Cumulé sur le pib de la trajectoire optimisée de décarbonation par rapport au scénario de référence

L’impact cumulé en 2030 est un surcroît de croissance généré par cette trajectoire de transition énergétique d’environ 20 Md€ supplémentaires, soit 1 point de PIB en plus par rapport au scénario de référence.

IMACLIM-R France* révèle également que la mise en œuvre de la trajectoire de décarbonation optimisée de l’UFE se traduit par la création de 235 000 emplois supplémentaires par rapport au scénario de référence.

Ces résultats positifs dépendent toutefois de la réalisation effective de cette trajectoire de décarbonation et notamment de la capacité des filières industrielles concernées à déployer les actions identifiées par l’UFE.

*La méthodologie d’Imaclim-R France est disponible ici

En démontrant que l’atteinte de l’objectif climatique de la transition énergétique repose sur un petit nombre de technologies clés, cette étude souligne l’importance d’anticiper le développement des filières industrielles concernées.

En effet, les capacités actuelles des filières industrielles limitent l’adoption des technologies bas carbone. Leur développement représente un facteur clé du succès de la transition énergétique qu’il convient de prendre en compte au plus tôt en anticipant les besoins en emplois et en formation aux métiers futurs.

La nécessaire dynamique de développement des actions du top 10, à la fois dans le bâtiment et le transport, supposera de disposer des compétences clés au moment requis, des formations et des structures adéquates d’anticipation des métiers futurs.

Sélectionnez vos actions en faveur de la transition énergétique

Quels impacts ont ces actions dans la trajectoire de l’UFE ?

La trajectoire de l’UFE a été déterminée en privilégiant les actions à la fois efficientes (importantes économies de CO2 rapportées aux € dépensés) et massives (avec des gisements importants). Les impacts exprimés ici correspondent à l’optimisation déployée par le modèle de l’UFE.

 

L'objectif CO2 a été atteint à 92 %
Top 10 UFE75%
Évolution des émissions de CO2 entre 2015 et 2030
Total des surcoûts d'investissements et des gains liés aux économies d'énergie de la trajectoire optimisée
Sélectionnez vos outils en faveur de la transition énergétique
Quels outils de politique publique pour financer la transition énergétique?
Choisissez vos outils de financement pour la transition énergétique
Surcoût des actions (en €/TCO2 Évitée)
Le surcoût en €/tCO2 évité permet d’exprimer l’efficacité climatique d’une action. Lorsque le surcoût est négatif, cela signifie que l’action est rentable du point de vue de l’investisseur. Les outils de financement peuvent permettre de déclencher les investissements en agissant sur la rentabilité des actions.
Go top